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(de Valentin Villenave)

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Quelques mots sur Wikipédia...

jeudi 25 octobre 2007, par Valentin.

Une élève m’a demandé aujourd’hui mon point de vue sur la fiabilité ou non de l’encyclopédie Wikipédia. N’étant pas particulièrement compétent en ce domaine, j’ouvre cet article pour réunir quelques liens sur le sujet.

Cet article est avant tout une présentation d’articles, et de liens divers. Je ne saurais donc trop vous encourager à suivre les pistes que je propose ; prévoyez un moment, car on peut y passer facilement des heures...

Pour ceux d’entre vous qui ne connaîtraient pas encore le principe du wiki, sachez en gros qu’il s’agit d’une forme de sites web née au XXIème siècle, reposant sur un contenu dit “dynamique”, c’est-à-dire de nature à évoluer avec le temps.

Le Wiki va même plus loin, puisqu’il propose à tous les visiteurs d’« éditer », de modifier, en bon français, le contenu des pages. Si l’on y ajoute la vogue dite du Web 2.0, et le fait que le code informatique du Wiki est libre, c’est dire que le wiki est vite devenu LE truc à la mode.

Mais l’un des tout premiers Wiki a été inventé, voici un peu plus de cinq ans, pour soutenir un projet d’une nature très particulière : la célèbre encyclopédie libre et coopérative, nommée fort logiquement Wikipédia. Ce projet, ainsi que plusieurs autres tout aussi intéressants, est mené sous la houlette d’une fondation à but non lucratif, qui emploie une poignée de salariés à temps complet.

Mais l’essentiel du contenu de l’encyclopédie Wikipédia, sinon la totalité, est dû aux citoyens du monde entier qui apportent leurs connaissances, leur contribution désintéressée. Ces contributeurs, cela peut être vous ou moi : il suffit d’un clic pour modifier un article existant, l’amplifier, le corriger, sans aucune manipulation complexe, directement et immédiatement.

Un modèle inédit

Le postulat de départ est le suivant :

Faisons comme s’il y avait sur terre davantage de gens de bonne volonté que de vandales.

En d’autre termes, le projet, dans l’esprit de ses créateurs du moins, est censé devenir meilleur chaque jour. Vous repérez une faute d’orthographe dans un article ? Vous la corrigez, immédiatement. Vous tombez sur un sujet que vous connaissez bien, et trouvez une phrase inexacte ? Vous la rectifiez séance tenante, en un instant.

Un autre aspect fort intéressant du projet est sa dimension internationale. Comme je l’ai déjà évoqué, peu de projets (et en particulier de projets libres) peuvent se flatter d’avoir rencontré un succès à l’échelle du monde entier. Le fait qu’il s’agisse d’un projet sans but lucratif contribue à l’expliquer, d’ailleurs. Quelle entreprise un tant soit peu raisonnable irait produire un produit aussi conséquent dans une langue parlée par très peu de gens, voire une langue non-parlée (imaginez Windows Vista en Volapük !)...

D’ailleurs, sur n’importe quel article, vous pouvez faire défiler la colonne de gauche pour voir toutes les traductions existantes de cet article. Quand on parle un peu Allemand ou Anglais, on peut ainsi parfois avoir accès à des informations non encore traduites (là encore, évidemment, le bon réflexe à avoir sera de les ajouter immédiatement à l’article en Français).

De plus — vous connaissez peut-être ma conviction que l’on doit à tout prix éviter de séparer la culture dite "savante" de la culture dite "populaire" ; dans ce cadre Wikipédia officie à merveille, puisqu’on peut y trouver aussi bien des articles dignes des encyclopédies traditionnelles, que des sujets plus légers.
Ce qui, d’ailleurs, présente deux aspects intéressants :

- on rejoint là le sens premier du concept d’encyclopédie

- c’est une occasion pour les citoyens de se réapproprier leur quotidien, leur culture, tous ces thèmes qui n’auraient pas droit de cité dans un ouvrage se proclamant "sérieux".

Enfin, et c’est un point absolument primordial, Wikipédia est un point d’accès libre et gratuit à la culture, à la connaissance et au savoir.1

Embûches

Un projet aussi colossal (largement supérieur à toute encyclopédie existante) ne va pas sans difficultés. La première d’entre elles étant d’ailleurs l’incrédulité d’une grande partie du public, ce qui m’a notamment conduit à rédiger ce modeste article.

L’argument financier, par exemple revient très souvent. Comment, comment comment peut-on faire vivre un tel projet uniquement par des bénévoles ?

Très simplement, en fait. Il suffit d’envisager le travail autrement que dans la perspective très restreinte qu’à imposée le XIXème siècle et la Révolution Industrielle. Des tas de gens sont prêts à passer un temps fou à une tâche que personne ne leur payera, du moment que
- cela les intéresse
- cela leur semble utile
- ils ont la certitude de ne pas être exploités
- (liste à compléter...)

Plus que cela : Wikipédia fonctionne uniquement grâce à des dons, de particuliers et d’entreprises2. Elle ne contient aucune publicité, d’ailleurs ses statuts le lui interdisent.

Deux autres obstacles viennent immédiatement à l’esprit, quant au contenu des articles. Le premier est la maladresse, le second la malveillance.

- j’ai toujours cru que la Révolution Française datait de 1788, je vois 1789 dans un article, je le corrige.

L’article est dés lors erroné. Pour combien de temps ? Là encore, il faut postuler qu’il y a davantage de gens qui connaissent la bonne réponse que de gens qui croient la connaître (comme moi). Tôt ou tard, l’un d’entre eux va tomber sur l’article, et le corriger à nouveau.

- je tombe sur l’article Danton, je suis un fanatique de Danton, je décide d’enlever quelques phrases peu glorieuses pour lui.

Il s’agit d’un acte de malveillance. Là encore, il va falloir attendre pour voir si l’article est corrigé, et au bout de combien de temps.

Une structure complexe

En réalité, les créateurs de Wikipédia ont tout fait pour atténuer ces risques — d’ailleurs l’organisation même du projet évolue d’année en année, suivant le modèle que j’évoquais à l’instant.

Tout d’abord, il importe de savoir que toutes les versions successives d’un article sont conservées. Corriger une modification erronée ou abusive revient donc à simplement l’annuler : l’article se retrouve à son état antérieur.

Ensuite les contributions "à la petite semaine", comme celles que j’évoquais, ne constituent pas la majorité de l’édification de l’encyclopédie. Ces contributions ne sont d’ailleurs pas si anonymes que cela, puisque votre adresse I.P., correspondant à la ligne téléphonique dont vous vous servez, est relevée et conservée — en cas de procédure judiciaire, laJustice a notamment le droit de s’en servir pour retrouver votre identité.

La grande majorité des contributeurs réguliers s’inscrit, tout comme sur le présent site, en créant un compte d’utilisateur, sous un pseudonyme. Ils ont ensuite accès à une page où ils peuvent se présenter s’ils le souhaitent, et discuter avec les autres Wikipédiens.

Il existe, au sein même de ces derniers, une hiérarchie complexe, fondée notamment sur des critères tels que l’ancienneté, le
nombre de contributions, et le degré de confiance des utilisateurs les
uns envers les autres. En effet, Wikipedia fonctionne sur des principes tout à fait démocratiques, notamment quant à la désignation de ses responsables.

J’attire également votre attention, parmi les innombrables statuts et rôles divers des Wikipédiens, sur la patrouille anti-vandalisme
dont le nom suffit à comprendre l’utilité, et les wiki-pompiers, à qui incombe la charge de désamorcer les polémiques ou les controverses entre rédacteurs. La procédure
employée pour régler ces conflits est très précise, et elle a fait ses preuves.

Pour une présentation plus anecdotique, vous pourrez voir ici les noms
d’animaux préhistoriques qu’ils se donnent en tant que grades.

Surveillance continue

La qualité et l’exactitude font l’objet d’une quête constante sur Wikipédia.

Dès leur arrivée à bord, les contributeurs novices sont invités à prendre connaissance des valeurs de Wikipédia, et notamment des critères de qualité et d’éthique exigés pour la rédaction des articles : ainsi, pas question pour moi

- de créer la page ValentinVillenave (ni pour vous d’ailleurs),

- pas question de publier tout un article sur le SérialismePostSchönbergien sans citer de sources,

- pas question d’aller vandaliser l’article PierreBoulez, etc.

(Notez, au passage, cette syntaxe très particulière aux Wikis, que l’on qualifie de CamelCase en anglais, la silhouette de ces mots composés avec une majuscule au milieu évoquant les bosses d’un chameau. C’est la raison pour laquelle le nom de cette rubrique est écrit ainsi.)

Naturellement, il est des domaines qui ne relèvent pas de la science exacte, ou de la
recherche, auquel cas il est très difficile, sinon impossible, de rédiger un article qui ne contienne pas de prise de position.
Je ferais n’anmoins remarquer que toutes les encyclopédies rencontrent ce problème :
même l’Universalis contient des erreurs notoires, des articles
partiaux, prend parfois position dans des querelles décoles etc. La
différence, c’est que dans de tels cas, il n’y aura alors personne pour corriger cela, contrairement à Wikipédia. Les chercheurs eux aussi sont faillibles.

En rédigeant ce paragaphe, je tombe d’ailleurs sur cette page de Wikipedia qui me semble tout à fait représentative de la plus grande qualité de ce projet : sa capacité à faire son autocritique et à tâcher d’en tirer les leçons.

Concrètement, comment cela se passe-t-il ?
Les articles sont triés en catégories, sous-catégories, sous-sous etc...
Chaque section, si restreinte soit-elle, est placée sous l’autorité
d’un groupe de contributeurs particuliers inscrits, qui ont chacun, on l’a vu, leur grade. Ces
contributeurs peuvent être des amateurs qui s’intéressent au domaine
concerné, ou bien, très souvent, des professionnels, experts, savants etc.
qui mettent leur savoir à contribution. Tous les Wikipédiens sont invités, je l’ai dit plus haut, non seulement à se présenter sur leur page de discussion, mais également à remplir leur boîte d’utilisateur en y indiquant leurs goûts, opinions, domaines de compétences, diplômes, profession etc.

Les statistiques montrent, au demeurant (dans la Wikipédia francophone en tout cas), que l’énorme majorité des Wikipédiens est de niveau bac+5 au moins.

Dans la communauté scientifique, des voix s’élèvent parfois pour dénoncer l’inexactitude ou la vulgarisation abusive de Wikipédia (par un étrange hasard, ces déclarations, très marginales, trouvent toujours un large écho dans les médias — j’y reviendrai). Quand il ne s’agit pas de malhonnêteté (car les chercheurs ont eux aussi leur salade à vendre, comme tout un chacun), il s’agit très souvent de méconnaissance de la richesse de Wikipédia.

Cela revient un peu à dire (autre type de phrases que l’on entend souvent dans les médias, d’ailleurs) "ce quartier est très mal famé ; d’ailleurs je n’y vais jamais."

Du reste, l’autorité des responsables de telle ou telle catégorie ne manque pas d’être fréquemment remise en cause, que ce soit par des Wikipédiens chevronnés ou par des contributeurs anonymes. La situation est alors déclarée comme controverse, et va nécessiter, comme je l’évoquais à l’instant, l’intervention de tierces personnes indépendantes : wikipompiers, mais aussi arbitre.
Pour régler ces situations, pas de mystère : on peut se référer aux sources, éventuellement
interroger des spécialistes de la question, etc.

Entre l’intérêt général et les intérêts privés

Enfin, reste la lutte contre le vandalisme intentionnel, souvent sur des questions religieuses ou politiques — il se murmure d’ailleurs que certains groupuscules, agences de publicités, clubs de lobbying ou même partis politiques entretiennent discrètement des vandales ou des trolleurs professionnels ; cette assertion n’est pas vérifiée, dans la mesure où il est difficile de faire la part d’initiatives de militants isolés et d’un plan concerté. Ce qui est certain, c’est que Wikipédia se situe aujourd’hui au coeur de la vie politique et médiatique française (c’est également le cas aux USA), ce qui en fait une cible de choix pour des tentatives de manipulation.

Pour l’instant l’édifice tient bon, malgré les divers pièges qu’on lui tend. C’est notamment devenu un des jeux préférés de certains (prétendus) “journalistes”, que de vandaliser un article pour pouvoir ensuite dénoncer le « manque de fiabilité » de Wikipédia. Naturellement, ces comportements sont vivement dénoncés par les wikipédiens, puisqu’ils constituent autant d’infractions aux règles que les contributeurs doivent suivre.

J’ai l’impression de vivre en des temps bien troubles, où Internet tend à apparaître comme, non plus un média, une source d’information parmi tant d’autres, mais une véritable planche de salut. C’est particulièrement visible dans l’actualité : nous avons ainsi vu, récemment, un respectable éditorialiste de la presse nationale fustiger Internet comme colporteur de rumeurs, par opposition avec le "vrai" journalisme... alors que l’information qu’il démentait précisément s’est avérée vraie trois jours plus tard ! Si j’évoque la presse nationale, ce n’est pas par hasard : j’ai récemment croisé nombre d’articles dénigrant et jetant le discrédit sur Wikipédia, des articles dont le point commun était d’être fort mal informés et pourtant très partisans. Il y a là une attitude comparable à celle des (rares) chercheurs anti-Wikipédia que j’évoquais plus haut.

Le désaccord s’accroît, et gageons qu’il ne se réduira pas de sitôt, au sein de cette étrange catégorie de personnes "légitimées" (gens de lettres, de presse, homme de sciences etc.), ou en tout cas habituées à l’être. Certains accueillent avec joie cette nouvelle donne, d’autres crient à l’hérésie — sur fond d’incertitude économique : c’est, après tout, leur bifteck qui est en jeu.

Tout cela montre, en tout cas, combien Wikipédia est aujourd’hui devenu incontournable. D’un point de vue politique, tout d’abord :

- le parlement du Canada, ainsi qu’un certain nombre de gouvernements, indique de nombreux liens vers Wikipédia sur son site officiel

- le gouvernement allemand emploie à plein temps des experts sur Wikipédia

- certains communiqués de presse de l’Elysée sont manifestement... très fortement inspirés d’articles de Wikipédia...

Conclusion

Vous aurez compris que je ne saurais rester complètement neutre sur un sujet tel que Wikipédia. Neutre, j’ai d’ailleurs fort peu envie de l’être. Wikipédia, et son modèle très inhabituel pour notre société, est encore assez mal comprise du grand public ; le manque d’information est parfaitement excusable, mais non — ce que je rencontre fréquemment — les préjugés et la mauvaise fois.

Pour terminer ce tour d’horizon, je vais mentionner deux articles du site Framasoft.net, dont je vous parlerai souvent ici. L’un est plutôt contre, l’autre plutôt pour (à vous de deviner lequel je préfère ;). En complément, ceux qui ont moment et qui connaissent l’anglais pourront lire ce texte malin et pertinent : Défense et Illustration de Wikipédia.

Enfin, pour faire suite à une discussion que j’avais hier soir avec une autre élève, je signale à tous nos amis musiciens que Wikimedia Commons peut accueillir vos enregistrements faits maison d’oeuvres classiques !

Bonne soirée à tous,
Valentin


[1... Qui pose, en creux, le problème paradoxal d’Internet : c’est un média extrêmement démocratique, mais dont l’accès est exclusivement privé et payant.

[2D’ailleurs au moment où j’écris cet article, Wikipédia est en plein dans sa campagne de dons annuelle. Petite expérience intéressante : allez faire un tour sur une page au hasard, juste pour voir le bandeau en haut de la page indiquant le nombre de donateurs. Revenez, disons, 24 heures plus tard... Vous serez probablement supris de constater que ce nombre a augmenté de plusieurs milliers !

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